Cosmic love

Fil d'ariane

comsicloveaccueilUn soupçon d'éternité... en musique.

« Many times, people think I might be asleep... but in fact, I am just listenning to music in my head. I'm always listening to the sounds around me... and playing, in my mind... and sometimes I dream. » (Pharoah Sanders)

« Shhh. Silent. Peaceful. » (Miles Davis)

 

Tout frais débarqué dans les bacs de la médiathèque, l’album cosigné par Floating Points et Pharoah Sanders, tous deux accompagnés par le London Symphony Orchestra, s’est attiré les éloges de la critique – et, surtout, fait notre délice. Il témoigne de l’envoûtante rencontre entre le free-jazz méditatif du saxophoniste et les paysages électroniques stellaires du producteur britannique, entre le tapis moelleux de l’électronique d’un côté et les fulgurances de l’improvisation libre de l’autre. Avant eux, Joe McPhee et Raymond Boni, Anthony Braxton avec Richard Teitelbaum, Spring Heel Jack ou encore Sun Ra (ici revu par Thomas de Pourquery) avaient à l’occasion osé de semblables hybridations, aussi planantes que ferventes.

Ces musiques alliant rêverie ondulante et fureur lyrique sont en quelque manière toutes héritières du célèbre et séminal album « In a silent way » (1969) de Miles Davis. Leur écoute, qui nous baigne dans une sensation de flottement zébré d’éclairs d’intensité inspirée, où tout passage du temps semble comme suspendu, n’est pas sans rappeler la fameuse lettre à Sigmund Freud du 5 décembre 1927 dans laquelle Romain Rolland évoque le sentiment de ne faire qu'un avec l'immensité du monde : « ...le fait simple et direct de la sensation de l'éternel (qui peut très bien n'être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique) ».

Dans son ouvrage « Malaise dans la civilisation », Freud, peu sensible à toute forme de mysticisme, même « sauvage », discutera la notion de « sentiment océanique » en rabattant celui-ci sur un état psychopathologique dans lequel « la délimitation d’une frontière entre le Moi et le monde devient incertaine ». 

La solitude, la nuit, la contemplation des étoiles se prêteraient à l’émergence d’une telle expérience - pour ne rien dire de l’ivresse amoureuse.

« Cosmic love », donc. Quelle meilleure thématique pour la playlist du jour ?